Interview de Lene Handberg pour la revue “Question de” n° 3

Le corps et son énergie dans la tradition tibétaine

De quelle manière l’énergie est-elle envisagée dans la tradition tibétaine ?

Selon deux points de vue différents : d’une part, la tradition bouddhiste et d’autre part la tradition pré- bouddhiste. Cette dernière, très ancrée dans la culture tibétaine, est une façon chamaniste de se relier aux énergies, c’est à dire celles de la nature comme les énergies de l’eau, des arbres, des montagnes… Dans le bouddhisme, les pratiques liées à l’énergie relèvent principalement de la tradition tantrique. Elles sont d’abord apparues en Inde et s’y sont beaucoup développées. Puis cette tradition a été importée au Tibet au VIIIème siècle et s’est transmise à des groupes restreints. Aux XIème et XIIème siècle, une seconde vague d’importation a donné une grande popularité à ces pratiques tantriques qui ont commencé à devenir publiques et connues de tous.

Il y a donc dans cette tradition des correspondances entre notre corps physique et l’énergie…

Dans la tradition hindoue comme en occident, le corps humain se compose de différentes zones énergétiques. Un type particulier d’énergie se trouve dans la région de l’estomac, c’est l’énergie émotionnelle de base. Plus bas, dans la région du nombril, elle est différente et plus stable. Plus bas encore il y a l’énergie sexuelle. Les êtres humains ont un corps physique et un mental. Il est important d’être en contact avec notre corps pour que les niveaux physique, mental, psychologique et énergétique soient en équilibre harmonieux. Si pour certaines raisons on vit plus sur les autres niveaux, sans être vraiment ancré dans son corps, on ne peut pas être sain et en bonne santé.

Dans le bouddhisme indo-tibétain on distingue l’énergie intuitive de l’énergie rationnelle, à quoi correspondent-elles ?

Toute expérience humaine de base se fait soit à travers nos sens (de manière directe et intuitive), soit à travers nos pensées (de manière rationnelle). On est donc plus étroitement connecté avec notre corps quand on expérimente quelque chose avec le sens de la vue par exemple, et non à travers notre esprit conceptuel et nos idées. Il n’y a bien évidemment rien de négatif dans le fait de développer notre esprit conceptuel, mais nous utilisons moins cette autre capacité, plus intuitive, cette connexion naturelle à tout ce qui nous entoure. Car par sa nature même et sa façon de fonctionner, cet esprit conceptuel en utilisant le langage va en permanence vers une forme d’abstraction, installant une certaine distance. Celle-ci permet certes d’analyser, de comparer les choses, mais cela implique aussi que si l’on est dans une réalité dominée conceptuellement, on perd le contact avec nous même et avec ce qui nous entoure. À travers l’accent principalement mis, dans nos cultures, au développement de l’esprit conceptuel, on pousse les enfants dans une direction qui crée un déséquilibre. Lorsqu’ils deviennent adultes, ils sont dans une réalité où la perception rationnelle est dominante (au lieu d’utiliser de manière équilibrée tous les modes de perception qui sont à leur disposition en tant qu’être humain).

De manière concrète, il faudrait donc se rendre compte combien nous sommes dans une réalité dominée conceptuellement et retrouver le contact avec cette réalité ressentie…

Il faut développer non pas le fait de nommer les choses mais d’y être présent et d’élargir ce temps où l’on peut rester présent à notre ressenti corporel. On contacte alors un sentiment de sécurité interne et d’apaisement. Et en étant de plus en plus attentifs à ces énergies ressenties corporellement, en harmonisant ces différents niveaux de notre être, on va être de plus en plus présents à ce qui se passe et à notre environnement.

Pourquoi cette énergie rationnelle peut-elle entraîner un sentiment désagréable ?

Cet esprit rationnel va sélectionner des aspects du réel, les nommer et sur cette base créer une nouvelle réalité qui nous apparaît comme LA réalité. Or ce qui va influencer ce qu’on nomme dans l’ensemble de tout ce qui nous entoure, c’est le sentiment que nous avons de nous mêmes. Si nous ne sommes pas dans un sentiment agréable de nous même, nous allons nommer ce qui, dans notre environnement, vient nourrir ce sentiment. Et ceci est un processus dont nous ne sommes pas conscients. Ce qui est donc problématique en terme d’harmonisation lorsque l’énergie rationnelle est trop dominante face à l’énergie intuitive, c’est que nous tombons dans le travers de construire une réalité en permanence influencée par le sentiment de nous-même auquel nous sommes identifiés, sans en prendre conscience.
Nous sommes happés par une énergie dite « masculine », rationnelle qui se développe au centre de notre tête dans la partie haute du corps. Il faudrait à l’inverse que nous faisions l’effort d’être plus présent à l’énergie féminine intuitive telle qu’elle se déploie dans partie inférieure, en particulier autour de la zone du chakra du nombril qui nous ramène plus vers l’intérieur, en contact avec nous-mêmes, afin de prendre soin de ce sentiment de base de nous-même.

Mais cela ne nous coupe-t-il pas d’une certaine manière, du reste du monde ?

Il n’y a pas de contradiction car plus nous sommes présents à ces énergies féminines, plus le contact est profond avec nous même et plus notre espace s’élargit. C’est-à-dire que nous sommes, dans le même temps, beaucoup plus présent à tout ce qui nous entoure. Par exemple les gens que l’on rencontre et qui ont une présence forte sont très connectés à ces énergies féminines, de manière profonde et subtile. Et nous faisons tous l’expérience de combien ces personnes sont présentes à nous. Quand on dit : ”énergie masculine ou féminine”, on ne désigne pas les qualités particulières des hommes ou des femmes en tant que tels. L’énergie féminine est plus intérieure, plus paisible. Elle a une qualité maternelle de douceur, de chaleur, de foyer, de tranquillité, de soins aux enfants. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est dominante chez la majorité des femmes. L’énergie masculine, elle, est tournée vers l’extérieur et son action permet d’être très éveillé, alerte. Elles sont présentes dans toutes les situations de la vie que ce soit dans un travail physique ou une méditation, dans nos contacts avec notre entourage ou nos différentes activités. Le but est d’unir ces deux formes différentes de notre énergie et qu’elles se soutiennent l’une l’autre.

Il est donc très important pour le corps d’harmoniser l’énergie intuitive et rationnelle de manière équilibrée…

Oui car plus nous sommes présents à cette énergie féminine, d’ancrage, intuitive, plus nous allons être dans un espace sécurisé. Nous n’avons alors plus besoin du regard des autres pour nous sentir bien, naturellement on se retrouve dans un espace intérieur apaisé qui permet d’ouvrir notre compassion. Celle-ci se développe peu à peu, naturellement. Plus nous cultivons cette capacité à être complètement présent à ces énergies féminines plus cette ouverture se manifeste d’ailleurs.
Nous pouvons harmoniser tout cela dans le cadre du développement personnel. Mais pour atteindre des niveaux de plus en plus profonds jusqu’à la nature unitive elle-même, c’est autre chose. C’est uniquement lorsque l’on atteint des niveaux de présence subtils à nous-mêmes au delà du corps physique qu’alors nous entrons dans ce chemin spirituel qui nous conduit vers cette nature unitive. Au niveau de notre réalité quotidienne la dualité est très présente et le conceptuel domine, puis chaque nuit lorsque l’on s’endort nous allons naturellement revenir à cette nature unitive.

Cette « nature unitive » est effectivement très présente dans les traditions orientales, où nous ne sommes pas dans une perception duelle…

En effet, l’outil de base pour entrer sur un chemin spirituel, est ce que l’on appelle le « corps-esprit », cet état d’être au sein duquel nous ne faisons pas l’expérience d’un corps qui serait séparé de l’esprit, mais d’une union des deux. Car du point de vue oriental un corps n’est pas séparé de l’esprit, il n’est que sa manifestation. La question est de savoir comment utiliser ces différents registres pour être de plus en plus présent à des niveaux plus subtils de notre propre énergie et aller en direction de cette nature unitive. On peut également aborder la nature potentielle de l’être par la question de l’énergie : comme pour le mental et le psychologique, elle va du stade le plus grossier au stade le plus subtil, elle peut être déséquilibrée ou en harmonie. Au niveau physique, plus on va vers l’extérieur, plus on est déséquilibré et, au contraire, plus on va vers l’intérieur plus on devient naturel et équilibré. De même les énergies extérieures sont plus actives, plus combatives et plus on va vers l’intérieur, vers la nature profonde de l’être, plus elles sont calmes et en harmonie. D’après la tradition tibétaine, notre esprit est déjà de l’énergie et sa nature la plus profonde est l’état le plus élevé que l’on puisse atteindre.

Que propose la spiritualité orientale pour aller dans cette harmonisation à partir du corps ?

D’un point de vue pratique, il existe beaucoup de méthodes pour atteindre cette nature unitive de notre propre énergie. L’énergie corps-esprit se manifeste de plusieurs façons : l’une d’elle, très subtile, est utilisée à travers l’énergie des chakras dans les pratiques tantriques. Elle permet d’aller au-delà de la dualité, vers l’unité. Pour harmoniser nos propres énergies féminines et masculines, nous pouvons procéder de trois façons : la première, en nous connectant à notre énergie corps-esprit de surface, grossière, à l’intérieur de nous-mêmes, énergie reliée à la fois à notre corps et à notre esprit. Ce qui consiste pour nous, à être de plus en plus présent à notre ressenti corporel. La seconde, plus bouddhiste en contactant une énergie plus subtile qu’on pourrait appeler énergie « unifiée » ou nature de l’esprit. La troisième, plus chamaniste en se reliant aux énergies ordinaires de la nature ou de l’univers.

Qu’en est-il de l’énergie des chakras, à quoi correspond-elle ?

Au fait que dans l’incorporation physique, la manière dont nous nous manifestons au niveau de notre énergie subtile va se manifester avec des qualités différentes dans plusieurs lieux de notre corps. Dans notre état réveillé, les deux centres énergétiques les plus intensément manifestes sont celui au centre de la tête et au niveau du nombril. Lorsque l’on est à l’inverse dans l’état de rêve, les deux zones de chakras les plus présentes sont celles au niveau de la gorge et sous le nombril. Quand on est au niveau de la nature unitive elle même, la zone de chakras la plus forte est celle qui se situe au niveau du chakra du cœur.

Qu’en est-il plus précisément de cette dernière zone du chakra du cœur ?

Il peut être difficile pour nous de contacter cette énergie car on pense souvent qu’elle est en lien avec le cœur physique alors que ce n’est absolument pas le cas. Elle se manifeste aussi dans la partie supérieure de notre poitrine, et elle est d’une telle subtilité qu’il est difficile d’en faire l’expérience de manière consciente. Il est plus facile par exemple de faire l’expérience de l’énergie au niveau de la tête, du nombril ou de la gorge car ces énergies sont plus manifestes au niveau de la dualité alors que l’énergie du chakra du cœur va dans le sens de la nature unitive, plus subtile, qui peut être plus difficile à ressentir. Symboliquement on dit que l’on trouve une demi sphère de couleur blanche au niveau de la tête, une de couleur rouge au niveau du nombril et que celles-ci vont se rejoindre pour se dissoudre au niveau du chakra du cœur. Tout ce déploiement d’énergie subtile est présent dès la naissance et subsiste dans le processus de mort. On retrouve d’ailleurs cette énergie du chakra du cœur dans toutes les traditions spirituelles et religieuses. Lorsque l’on salue en posant ses mains sur le chakra du cœur cela signifie qu’en étant pleinement présent à cette énergie subtile dans un état apaisé d’ouverture « je te salue, je te contacte à partir de ce lieu ».

Propos recueillis par Aurélie Godefroy pour le numéro 3 de la revue Question de le 05/11/2015.

Lien vers l’article original sur le site de la revue Question de

Author: Lene Handberg

Lene Handberg

Semrig Thablam Rabjam, Psychothérapeute U.D., Directrice de l’éducation U.D.

Lene Handberg est directrice de l’éducation de Tarab Institute International, organisation qui a des branches en Allemagne, Finlande, France, Grande-Bretagne, Suède, Hollande et Inde, dévolues à la diffusion des universalités de l’ancienne sagesse spirituelle indo-tibétaine. Native du Danemark, Mme Handberg fut l’étudiante et la protégée du Lama bouddhiste tibétain Tarab Tulku XI, Guéshé Lharampa, sage contemporain du Dalaï Lama qui a développé une version moderne très complète des enseignements indo-tibétains avancés qu’il a appelée Unité dans la Dualité, Tendrel, en tirant les universalités qui s’appliquent à tout le monde, au delà des cultures et des croyances. Avec Mme Handberg, il a fondé l’Institut Tarab pour répandre cette connaissance et cette tradition orientée vers la recherche.

Mme Handberg, que Tarab Tulku XI désigna comme son successeur en 2004, continue à enseigner cette approche de l’ancienne sagesse indo-tibétaine de par le monde, y compris en Inde et aux Etats-Unis. En 2002, Mme Handberg a aidé Tarab Tulku XI à convoquer la conférence internationale Unité dans la Dualité – Tendrel à Munich, en Allemagne, réunion où le Dalaï Lama était l’orateur principal et où fut explorée la relation entre la science moderne et la sagesse intérieure du bouddhisme tibétain.

Psychothérapeute, elle étudia la psychologie et la tibétologie à l’Université de Copenhague. Elle détient le diplôme de Semrig Thablam Rabjam (S.T.R. / Docteur en science interne de l’esprit et des phénomènes Unité dans la Dualité et ses applications). En plus de son rôle de directrice de l’enseignement de Tarab Institute International, et de sa poursuite du travail d’écriture et de compilation de l’œuvre de Tarab Tulku XI, Mme Handberg est présidente de l’association Tarab Ling à Dehradun en Inde et supervise la construction de son grand institut d’études et de recherche à Dehradun, Institut qui devrait être un point de rencontre de l’ancienne science interne et de la science moderne.

Science Interne

Questions à Tarab Tulku XI sur la base commune à la tradition de sagesse orientale et à la science occidentale, sur leur future collaboration ainsi que sur la mondialisation et les conséquences d’une application du savoir universel au développement personnel.

Question : Quel est votre but quant au résultat de cette conférence ?

Tarab Tulku XI (TT) : Par le dialogue avec des scientifiques renommés, le Dalaï Lama a essayé d’établir un lien entre l’ancienne sagesse orientale et la science moderne depuis des années. Je considère que la conférence UNITÉ DANS LA DUALITÉ – TENDREL est une continuation de ce dialogue. Mon but spécifique est de présenter aux scientifiques occidentaux l’essence de la sagesse orientale sous la forme particulière d’UNITÉ DANS LA DUALITÉ, c’est-à-dire, au delà de ses conditionnements culturels ou religieux. En ce sens, j’espère créer une base plus large pour la communication et l’approfondissement de la compréhension mutuelle.
    Cependant, UNITÉ DANS LA DUALITÉ n’est pas seulement une théorie philosophique abstraite et j’aimerais aussi montrer comment la connaissance philosophique / la science de l’esprit de la nature la plus profonde des êtres humains et du monde peut être utilisée directement pour le développement personnel et spirituel. Je viens d’une tradition où l’ancienne connaissance a été appliquée au développement intérieur pendant des milliers d’années. Fondamentalement, l’ancienne connaissance et la science moderne touchent au même point et j’espère que cela deviendra évident de la façon dont c’est présenté dans UNITÉ DANS LA DUALITÉ. Avec cette conférence, j’aimerais inspirer et ouvrir un dialogue allant dans cette direction.

Question : Comment le dialogue entre l’ancienne tradition de sagesse et la science moderne peut-il continuer ?

TT : A Munich, nous avons une pré-conférence où les scientifiques vont échanger leurs vues, puis nous avons la conférence elle-même avec des exposés sur la sagesse universelle d’UNITÉ DANS LA DUALITÉ du point de vue des différentes disciplines scientifiques. Je projette de faire un livre avec ces contributions et ces discussions de façon à ce que les gens qui n’ont pas pu assister à cette conférence puissent connaître cet échange et en bénéficier. Il est particulièrement important pour moi que les gens de l’Occident puissent vraiment voir que les compréhensions de la science occidentale sont connectées à l’ancienne sagesse orientale et qu’il est possible de mettre en application cette connaissance universelle pour le plus grand bien du développement intérieur de l’individu et de l’humanité.
    Dans ce sens, la première étape consiste à reconnaître que la connaissance orientale des êtres humains et du monde n’est rien d’étranger ou d’éloigné, mais coïncide en fait en de nombreux points avec les compréhensions de la science moderne occidentale. La deuxième étape consiste à réellement appliquer cette connaissance universelle au développement personnel et spirituel. Comment faire cela relève du choix de l’individu – les compréhensions de la science occidentale peuvent être utilisées pour le développement intérieur tout aussi bien que la connaissance orientale, il faut seulement les appliquer à ce domaine. En d’autres termes, si nous voulons vraiment changer quelque chose en nous-mêmes et par là dans nos vies, la connaissance universelle de la nature interdépendante de tout ce qui existe doit concrètement être appliquée à la transformation personnelle.

Question : Comment peut-on réellement utiliser la connaissance universelle dans le développement personnel ?

TT : La compréhension de la philosophie / « science de l’esprit » à l’intérieur de la tradition orientale en comparaison de l’approche occidentale comporte une différence fondamentale : en Occident, la recherche est en général conduite par l’esprit conceptuel et donc, l’application de cette connaissance reste aussi dans le domaine conceptuel dans la mesure où elle se limite à une certaine forme de développement matériel externe. En Orient, par contre, la connaissance philosophique n’implique pas qu’une compréhension conceptuelle mais elle est considérée simultanément sous son aspect de transformation personnelle. Dans ce sens, les applications des compréhensions philosophiques en Orient ne se limitent pas non plus à des objectifs conceptuels, mais sont immédiatement appliqués à l’exploration intérieure du sujet et à son développement. Finalement, nous pourrions appeler l’approche orientale de la philosophie / science de l’esprit une compréhension ou connaissance philosophique intégrale.
    De nos jours, de nombreuses personnes en Occident sont intéressées par la psychologie et la méditation, ce qui indique qu’un besoin de transformation intérieure est ressenti. C’est pourquoi je crois qu’il pourrait être très utile d’appliquer la connaissance universelle qui se trouve à la fois en Orient et en Occident concrètement au développement personnel et spirituel. UNITÉ DANS LA DUALITÉ n’est pas le seul moyen de faire cela, c’est juste une façon de présenter qu’il est en fait possible d’effectuer un tel transfert de la connaissance universelle vers le niveau individuel.

Question : Quelles seraient les conséquences au niveau de la société si nous appliquions vraiment la connaissance universelle ?

TT : Beaucoup de gens se sentent vraiment concernés par l’orientation très partiale de la civilisation industrielle occidentale vers l’extérieur, le strict développement matériel. Cependant, ce que nous ne voyons pas, c’est que nous sommes réellement impliqués dans cela et que notre corps, esprit et énergie sont aspirés dans ce développement. Le but du développement extérieur devrait être d’obtenir davantage de paix intérieure, à la fois dans notre corps et notre esprit. Au lieu de cela, les activités de notre corps et de notre esprit sont tirées vers le développements matériel, aux dépends de notre relation avec la nature ainsi qu’avec notre plus profonde nature intérieure. Toute la structure de la civilisation moderne est hautement non-détendue. En fait, le monde tout entier fonctionne de plus en plus de cette façon et il semble juste n’y avoir aucune limite à ce développement. L’effet secondaire est que notre nature humaine fondamentale est de plus en plus « polluée ». Nous nous éloignons de notre nature intérieure et extérieure tout le temps d’une façon très malsaine. Si nous continuons ainsi pendant quelques siècles, nous nous détruirons complètement.
    Le problème est aussi que nous ne pouvons pas juste en sortir. Même si des individus peuvent essayer de se sortir de ce développement global, en fin de compte, cela n’aide pas, parce que tout cela continue. C’est comme si nous conduisions une voiture sur une autoroute : nous conduisons vite, tout le monde conduit vite, et vous ne pouvez pas juste vous arrêter au milieu de l’autoroute. Même si nous parvenons de plus en plus à la conclusion que nous conduisons tous trop vite et que nous pouvons à peine contrôler nos véhicules, ici et maintenant, nous sommes dans une situation où nous devons conduire, où nous devons avancer. Nous voulons arrêter, mais nous ne savons pas comment. Alors, que pouvons-nous faire ?
    Nous avons toujours la possibilité de regarder à l’intérieur, de découvrir comment changer intérieurement, chacun d’entre nous peut faire cela. Et vraiment de plus en plus de gens réalisent qu’il leur faut faire autrement, qu’ils aillent dans une autre direction. Si nous amenons notre attention à l’intérieur, nous allons automatiquement ralentir et si tout le monde fait cela, la vitesse générale va se ralentir et toute la situation va changer. Nous pouvons apprendre de cette connaissance universelle dans laquelle la tradition de sagesse orientale et la science occidentale se rencontrent comment diriger notre attention vers l’intérieur.
    Depuis le point de vue UNITÉ DANS LA DUALITÉ on peut voir que nombre des problèmes que nous expérimentons apparemment à l’extérieur sont des problèmes que nous créons à l’intérieur. C’est pourquoi finalement, nous devons travailler sur nous-mêmes, nous développer nous-mêmes de l’intérieur ; le développement extérieur ne nous changera pas. Nous devons revenir à un ressenti fondamental de nous même qui est exprimé dans notre connexion naturelle à la nature et aux autres êtres humains. Il s’agit d’être, d’exister d’une façon plus authentique qui est ancrée plus profondément que l’esprit conceptuel. Cela donnera aux gens de notre société et au monde la paix et la liberté du corps et de l’esprit que nous avons essayé de trouver en nous focalisant sur le développement matériel.

Question : Dans ce contexte, comment voyez-vous le problème de la mondialisation croissante ?

TT : Une des causes principales de la mondialisation se rapporte à notre culture technologique hautement développée.Parce que les moyens de communication mondiale et de voyage sont devenus si rapides et si facilement accessibles, les influences sont transportées de plus en plus vite dans tout le monde et les cultures changent de plus en plus vite. Mais déjà au VIIIème siècle au Tibet, le roi Trisong Detsen portait un turban, ce qui dénote clairement une influence persane. Le principe est le même : par le contact avec d’autres cultures une influence vient et notre culture change. Je peux voir cela de nos jours aussi chez les jeunes tibétains qui s’intéressent rapidement à tout ce qui vient de l’Occident, comme les vêtements et la musique. Dans ce sens, à un niveau extérieur, le monde se rapproche de plus en plus et il semble qu’il n’y ait presque aucun moyen d’arrêter cela. Un autre aspect, cependant est la valeur interne d’une culture, qu’on ne peut trouver à un niveau extérieur, matériel, mais bien au niveau de l’expérience. Par cela, je veux dire la musique, la poésie et l’art d’une culture dans lesquels quelque chose de vraiment unique à cette culture peut s’exprimer. Cette valeur interne, il nous faut la conserver, sinon, nous courons le risque de devenir pareils. En général, cependant, je ne partage pas la préoccupation que tout devienne réellement UNE culture mondiale un jour. J’enseigne dans de nombreux pays d’Europe et j’ai observé que les gens des différentes nations sont vraiment différents à un niveau interne ou nous pourrions dire, à un niveau mental. C’est ceci qui s’exprime dans le « goût » particulier qu’une culture véhicule.
    Donc, comment pouvons-nous conserver la valeur interne de notre culture ? Bien sûr, la conscience de sa culture se rapporte à chacun. Nous devons nous demander ce qui est le plus important. La valeur extérieure de la culture est juste une sorte d’outil, alors que la valeur interne d’une culture, son expérience interne d’elle-même est le principal. Cette expérience intérieure fondamentale devrait continuer. Pour revenir aux jeunes tibétains, même quand ils grandissent en Inde, ils sont élevés et éduqués dans un style occidental. Le problème, cependant, est qu’ils n’ont pas de compréhension fondamentale de la culture occidentale, parce qu’ils ne proviennent pas de cette culture. Ils ne voient que la valeur extérieure, matérielle de la culture occidentale qui s’exprime dans certains vêtements, ou dans la recherche de certaines choses matérielles, et c’est ce à quoi ils s’identifient. En ce sens, ils ne peuvent pas faire l’expérience de la valeur interne de la culture occidentale, bien qu’en même temps, ils ne soient pas intéressés par l’ancienne valeur interne de leur propre culture ou qu’ils l’aient perdue. C’est en général un gros problème en Asie de même que dans tous les pays qui sont peu développés sur le plan matériel. Pour ne pas perdre la valeur interne qui est nécessaire comme « nourriture de l’esprit », il est très important que les gens, à la fois en Occident et en Orient, soient familiers avec leur propre culture interne.

    Dans le cas des Tibétains, cette valeur culturelle interne s’est développée pendant des milliers d’années et a résulté en une nature, une langue et un mode de vie spécifiques. Donc, le peuple tibétain a besoin de la valeur culturelle interne tibétaine. Si les Tibétains au Tibet et en-dehors du Tibet pouvaient comprendre leur culture pas seulement dans ses expressions externes, c’est-à-dire sous la forme d’un mysticisme et d’un système de croyance, mais plus depuis la perspective d’une valeur interne, s’ils pouvaient comprendre que c’est finalement à eux-mêmes de décider ce qu’ils vont expérimenter, ils pourraient consciemment garder leur propre culture interne et avoir la nourriture dont leur esprit a besoin quelles que soient les circonstances.
    Les Occidentaux ont reconnu que le développement matériel seul ne leur donne pas l’expérience qu’ils attendent, c’est pourquoi beaucoup de personnes de nos jours essaient d’aller au delà du niveau matériel en pratiquant le yoga, la méditation, etc. Mais en faisant cela, ils semblent croire à une sorte de « magie », c’est-à-dire qu’ils croient qu’un jour, à partir de rien, ils vont changer, eux-mêmes et leur monde. Mais ce qui manque, c’est la compréhension fondamentale de comment tout est interrelié. Notre expérience de la réalité a un rapport avec comment nous sommes ; si cela change, notre réalité changera aussi.
    C’est aussi vrai au niveau mondial. Si en tant qu’humains nous abordons la vie uniquement par des croyances matérielles, cela implique un grand danger. Si au contraire nous voyons qu’il y a un niveau matériel, mais qu’au delà, il y a une valeur interne qui est liée à notre culture interne, alors la mondialisation externe ne peut pas devenir une réelle menace.

Question : Avez-vous le projet de faire une autre conférence UNITÉ DANS LA DUALITÉ-TENDREL dans l’avenir ?

TT : Cela dépend de la réponse générale des savants occidentaux au paradigme d’une connaissance universelle qui soit commune à l’Orient et à l’Occident et s’il y a réellement une rencontre et un échange. Il est important pour moi qu’également l’auditoire de cette conférence voie la connexion entre l’ancienne connaissance orientale et la science moderne. J’espère que les gens vont réaliser que l’approche intégrale d’UNITÉ DANS LA DUALITÉ, c’est-à-dire l’application de la connaissance universelle au développement personnel est vraiment une possibilité de provoquer une transformation à la fois à un niveau personnel et à un niveau plus global.
    Si nous parvenons à communiquer ces points, je peux envisager une nouvelle conférence dans un futur proche qui approfondisse la rencontre et la collaboration entre la science occidentale et l’ancienne sagesse orientale.
    Il y a beaucoup de gens qui se sont intéressés à la tradition de sagesse orientale depuis assez longtemps et qui essaient maintenant d’intégrer cette connaissance, par exemple à la psychologie occidentale et à la psychothérapie. Une conférence qui ne soit pas uniquement centrée sur les fondements philosophiques mais aussi et tout spécialement sur l’application concrète de cette connaissance au développement personnel et à la transformation pourrait être d’un grand bénéfice pour ces personnes.
    Cependant, ce qui est important maintenant est tout d’abord de voir que les connaissances orientale et occidentale ont vraiment une base commune et que cette connaissance universelle peut être appliquée au développement personnel pour le plus grand bénéfice à la fois des individus et de l’ensemble de la société. Cette compréhension, je l’appelle UNITÉ DANS LA DUALITÉ.

Author: Tarab Tulku XI

Unité dans la Dualité Présenté dans la perspective de Tendrel

Ancient knowledge and Western science
Already in the 1930ies and 1940ies a well-known Tibetan scholar, Gendün Chöpel, expresses the view that there are important links between science and the ancient knowledge or wisdom of Buddhism. After Gendün Chöpel travelled in India and Ceylon (now Sri Lanka), he wrote a book about his encounters. In it he mentioned that there was a Buddhist Pandhita living in Sri Lanka, who gained incredible faith in Buddhism only after he had studied Western science. Apparently the Pandhita had said that “Buddhism and Western Science go hand in hand”, and that “if they run together, they will support each other”, and “that they can even make great leaps together”.Author: Tarab Tulku XI

Unité dans la Dualité.pdf

Mort et Re-naissance : la Pulsation Naturelle de l’Existence


Une approche Unité dans la Dualité

Par Tarab Tulku XI
Edité par Lene Handberg


Q : Qu’est-ce que la mort ?

TTR : Nous considérons communément la naissance comme une sorte de commencement et la mort comme la fin, une sorte de cessation ou de disparition, comme s’il y avait une ligne droite avec un début et une fin précis.

Cependant, le point de vue bouddhiste est circulaire. La naissance est un nouveau commencement, puis il y a l’état d’être ou l’existence, suivi par la mort qui conduit encore à une nouvelle création, une nouvelle naissance. Il y a donc un lien entre la fin de quelque chose et une nouvelle apparition, il n’y a pas de césure entre les deux.

Toute forme de phénomène, toute existence duelle, est transitoire, c’est-à-dire qu’elle est soumise au changement, au changement continuel. Mais ce changement ne s’effectue jamais en ligne droite, c’est toujours un mouvement circulaire.

On peut prendre l’exemple de la matière et de l’énergie : au début de l’évolution, la matière nait de la pure énergie et, à un certain moment, elle se dissout à nouveau dans son origine de pure énergie. Ainsi, tous les phénomènes tournent-ils en rond. Au niveau humain, lorsque nous naissons, nous manifestons notre corps et notre esprit, qui sont liés à  leur énergie fondamentale commune et n’en sont jamais séparés. Lorsque nous mourons, le corps se change, avec l’esprit, en une énergie corps-esprit très subtile qui pénètre jusqu’à l’étape finale de la mort et de là entame un nouveau processus de création : nous manifestons d’abord un corps de bardo, qui n’est pas solide, mais énergétique et de là, nous manifestons enfin un corps plus grossier, celui d’une nouvelle incarnation. C’est ainsi que le Bouddhisme considère la vie et la mort toujours comme un cercle sans aucune interruption, sans « disparition ». Le mouvement circulaire de l’existence est plutôt une transformation continue ou une pulsation de l’énergie vers la matière et de la matière vers l’énergie à différents niveaux de subtilité.

Q : La peur de la mort est-elle universelle ? Pourquoi ? Pourquoi avons-nous des difficultés à accepter la mort ?

TTR : Normalement, tout être humain a peur de la mort. Nous avons une très forte tendance à vouloir une nature formelle, un corps. C’est en rapport avec notre mode particulier d’existence, que nous partageons avec les animaux et les plantes. Mais en plus de cela, les êtres humains, contrairement aux animaux et aux plantes, ont conscience de devoir mourir.

L’obscurité est semblable à un néant vide où les formes disparaissent. C’est pourquoi de nombreuses personnes ont aussi peur du noir. Nous sommes effrayés parce que nous sommes identifiés avec le niveau formel d’existence. C’est donc de ce lien très puissant avec le niveau formel d’existence que provient notre peur de mourir : lorsque nous mourons, nous savons de façon certaine que nous devons quitter notre corps, puisqu’il cesse de fonctionner. Au cours du processus de la mort, l’esprit conceptuel normal ainsi que les capacités sensorielles se dissolvent l’un après l’autre et nous perdons le lien avec le corps physique ; et si à cette étape de la mort, nous sommes toujours identifiés au corps physique, nous allons de ce fait faire face à la peur de disparaître. Mais aussitôt que nous nous lions à nouveau à l’énergie, la peur disparaît.

Q : En quoi l’approche de la mort est-elle différente en Asie et dans les pays occidentaux ?

TTR : Je viens de dire que les êtres humains en général ont peur de la mort à cause de leur forte connexion ou identification au niveau de la forme. Mais si en plus vous n’acceptez pas l’idée de réincarnation, alors votre peur est encore plus grande car vous vous attendez à disparaître complètement. D’un autre côté, dans les cultures asiatiques où l’idée de réincarnation est fortement enracinée chez les gens, les gens ont un fort ressenti d’eux-mêmes en tant que courant de continuité qu’il n’est pas facile de perturber. Egalement, en Asie, il y a une forte croyance dans le système karmique, dans l’influence d’une vie sur la prochaine.

Sur la base de cette croyance, les gens s’engagent dans différentes techniques et méditations pour se préparer à la prochaine vie. Le Bouddhisme donne de nombreuses indications sur la façon de mener sa vie pour s’assurer d’une bonne incarnation dans la prochaine vie, et toujours dans le Bouddhisme, on trouve de nombreuses méthodes de méditation pour nous changer et transformer nous-mêmes et nos mauvaises empreintes (pour transformer nos autoréférences vulnérables – pour le dire en langage U.D.) de façon à ce qu’elles ne perturbent pas ou ne créent pas de mauvaises circonstances pour notre prochaine vie.

Q : Comment nous préparer ? Faut-il avoir une attitude d’esprit particulière ?

TTR : Cela dépend des croyances de la personne. Il est toujours bon d’avoir confiance, de se sentir soutenu par l’objet de sa foi. Si nous parlons d’un personne bouddhiste religieuse, alors une confiance entière en les Trois Joyaux : le Bouddha, le Dharma et le Sangha ou dans une divinité tantrique l’aidera considérablement et la soutiendra pendant le processus même de la mort.

De même, si une personne d’une autre croyance religieuse a confiance en un « être supérieur » ou une « énergie », l’effet sera que cette personne va suivre tout naturellement le processus de la mort, qui est de retourner dans l’énergie de base, sans peur ou avec moins de peur.

Si vous êtes un pratiquant tantrique plus avancé, vous devriez, par rapport au processus de mort, mettre en application les pratiques tantriques, puisque le processus de mort va apparaître comme une grande opportunité pour atteindre un niveau profond de méditation. Par le pouvoir de votre volonté, il vous faut donc essayer de maîtriser les différentes étapes du processus de la mort pour entrer consciemment dans l’étape finale, la « claire lumière ». Lorsque vous connaissez vos possibilités dans ce domaine, vous prenez confiance et la peur est considérablement réduite voire dépassée.

Q : Comment décririez-vous le processus de mort et de reprendre naissance / d’être réincarné ?

TTR : Dans le processus de mort, vous commencez par traverser l’absorption des forces élémentaires : d’abord l’élément terre de manifestation et de structuration perd son pouvoir, puis l’élément eau d’énergie cohésive (qui maintient ensemble les différents composants), puis l’élément feu de maturation (l’énergie qui pousse l’entité vers son développement maximal), suivi par la perte du pouvoir de l’élément air, le pouvoir de mouvement à la base de la création. Cette partie du processus de mort peut donner lieu à certaines expériences plus violentes de destruction. A la fin du processus, la respiration s’arrête et la personne est cliniquement morte. Cependant, d’après la tradition tibétaine, ce point n’est qu’un passage vers un niveau d’existence corps-esprit différent, vers un niveau énergétique, c’est-à-dire au delà du niveau matériel de l’existence. Ce qui s’ensuit sont les différentes expériences de l’élément espace, de notre nature potentielle : les expériences blanche, rouge et noire, processus qui conduit naturellement à la « claire lumière ». La « claire lumière » est le point final du processus de dissolution de notre existence formelle, l’existence duelle, pour aller vers le non-duel. C’est donc aussi un tournant à partir duquel se produit un nouveau cycle de manifestation depuis la présence d’énergie subtile jusqu’à des niveaux d’être de plus en plus grossiers qui se terminent par la renaissance à un niveau matériel.

En sortant de la « claire lumière », il y a le stade intermédiaire entre la mort et la renaissance appelé en tibétain « bardo ». Si on est entraîné à utiliser son corps énergétique (le corps de rêve est aussi un corps énergétique et a souvent été utilisé pour ce genre d’entraînement) dans le bardo, on peut faire différentes sortes de pratiques avancées pour influencer la prochaine incarnation dans la direction la plus positive. Ces pratiques consistent à reconnaître certaines attraction / rejets qui doivent être évités ou transcendés et à cultiver une profonde force intérieure et une compassion favorisant l’expérience de l’unité avec son objet (dans cet état, on a un objet comme dans l’état de rêve) pour obtenir la maîtrise de cet état. Depuis cet établissement très spécial et exceptionnel de son corps-esprit de bardo, on peut influencer les lieux et conditions de sa naissance.

Q : La mort et la réincarnation sont-elles les mêmes pour une personne « ordinaire » que pour une personne ayant effectué certaines pratiques de méditation ou pour un « Maître » ?

TTR : Dans la tradition tantrique, il existe une « pratique de méditation de la mort »où on s’entraîne consciemment à traverser le processus d’absorption des éléments vers la « claire lumière » et à retourner par le processus de manifestation vers la renaissance. Le but principal de cette méditation, cependant, n’est pas de se préparer à sa mort et à sa renaissance, mais surtout d’obtenir le pouvoir, depuis notre niveau de corps-esprit grossier, d’atteindre un niveau bien plus subtil d’existence. Mais l’effet secondaire de cette pratique est qu’on se prépare à la mort et qu’on s’entraîne à maîtriser les différents processus de la manifestation.

Les personnes ordinaires n’ont aucun contrôle sur leur processus de mort ni sur le processus de remanifestation, elles sont juste poussées dedans par les forces naturelles de l’existence. Et normalement, on tombe dans l’inconscience bien avant d’atteindre la « claire lumière » pour ne se réveiller que dans l’état de bardo, comme lorsqu’on va dormir et qu’on se réveille dans l’état de rêve. Mais si quelqu’un est capable d’avoir un contrôle intérieur ou le pouvoir de suivre consciemment le processus naturel de la mort, il a la possibilité de s’absorber avec toute l’existence dans la nature non-duelle de l’univers, dans la limite entre Samsara et Nirvana.

Lorsqu’elles meurent vraiment, ces personnes entraînées peuvent s’absorber dans l’état de conscience de méditation non-duelle pendant un temps considérable. Certaines restent absorbées dans la « claire lumière » pendant des semaines.

Lorsqu’une personne ordinaire meurt, vous pouvez le voir immédiatement, mais ces pratiquants très spéciaux qui peuvent rester dans l’état de méditation de la « claire lumière » sont capables de conserver leur position physique (la position du lotus) aussi longtemps qu’ils restent dans l’état de « claire lumière », c’est-à-dire des semaines après que leur cœur ait cessé de battre et qu’ils aient arrêté de respirer. Ils émanent une puissante énergie pendant ce temps, qui peut être bien plus forte que lorsqu’ils étaient vivants et en bonne santé, et ceci est particulièrement remarquable s’ils avaient été malades et affaiblis avant de mourir.

Lorsqu’ils restent absorbés dans la « claire lumière », leur corps peut aussi devenir plus petit. Quelqu’un de ma taille (175 cm) peut ainsi rétrécir à 40 ou 50 cm et il a même été vu des Maîtres de cette nature dissoudre leur corps complètement, ne laissant que leurs ongles et leurs cheveux.

Ceci et de nombreux autres phénomènes se produisirent en fait au Tibet au moment de la mort de grands maîtres.

Par exemple, mon grand-oncle le Régent du Tibet avant ce Dalaï Lama : il fut brûlé après sa mort et dans un des os plats de son crâne, on trouva une formation osseuse qui avait pris la forme d’une syllabe germe, la lettre principale d’un mantra. Il y avait une autre formation osseuse d’une syllabe germe dans son genou.

La façon dont nous pouvons comprendre ces phénomènes est que par le pouvoir obtenu par des pratiques tantriques, certaines personnes parviennent vraiment à maîtriser le processus qui mène à l’énergie et à la nature unitive et le retour vers le niveau matériel. La maîtrise de ce processus permet à la personne de manifester les phénomènes qu’il veut.

Un autre phénomène très étrange est ce qu’on appelle Rinzel1. Ce sont de petits phénomènes ronds et brillants qui ressemblent à des perles souvent blanchâtres mais qui peuvent avoir différentes couleurs. Elles peuvent aussi émaner du corps d’un grand maître tantrique lorsqu’il est brûlé après sa mort. Elles sont en lien avec le pouvoir méditatif d’une personne, c’est-à-dire qu’elles sont l’effet de la capacité à traverser consciemment le processus de la mort, d’avoir la maîtrise de ce processus. On peut traduire le nom tibétain de cette capacité par : « avoir obtenu le pouvoir sur les cinq éléments » ou « maîtriser les éléments ».

Q : Quelle est l’influence du karma sur le processus de mort et de réincarnation ?

TTR : « Karma » en fait signifie action : action qui crée des empreintes et entraînera un résultat dans le futur. Cette action peut être universelle ou personnelle. Au niveau universel se trouvent des lois universelles impliquant qu’une certaine cause donnera un certain résultat. C’est une loi universelle. Au niveau personnel ou humain, les actions les plus influentes sont les actions mentales. Des actions mentales proviennent les actions verbales et/ou physiques. En termes d’action mentale, nous pouvons avoir des actions mentales pacifiques, qui vous produire un résultat pacifique et nous pouvons avoir des actions mentales plus violentes qui vont produire un résultat violent. La conséquence pour le processus de mort est que, si en mourant vous avez une nature mentale paisible, votre énergie est plus paisible et l’ensemble du processus vous conduira dans une direction paisible.

Q : Que se passe-t-il lors d’une mort violente ? Que se passe-t-il lorsqu’on garde une personne artificiellement vivante dans un coma profond ?

TTR : Ce n’est pas tellement la situation extérieure qui est le facteur déterminant, mais la question de savoir si quelque chose dérange mentalement la personne. Un esprit paisible aura toujours les meilleurs résultats. Mais bien sûr, les circonstances extérieures peuvent influencer l’esprit. Dans la tradition tibétaine, on dit que lorsqu’une personne meurt, on devrait faire un environnement aussi paisible que possible et qu’on devrait s’assurer que personne ne provoque d’état émotionnel d’aucune sorte chez la personne qui meurt. La même chose s’applique au processus d’endormissement, si l’esprit est négatif avant de s’endormir, il va influencer l’état de sommeil dans le même sens, de même qu’un esprit paisible influencera le sommeil dans un sens positif.

D’après la tradition tibétaine, il y a de nombreuses similitudes entre s’endormir et mourir. D’après le yoga du rêve, lorsqu’on travaille sur le processus d’endormissement, on se prépare au processus de la mort et lorsqu’on travaille sur nos rêves, nous nous préparons à l’état de bardo.

Le coma profond est une sorte d’état inconscient. En général, l’esprit et le corps sont reliés pendant tout le processus d’absorption des éléments, tout le long jusqu’à l’état de « claire lumière », c’est-à-dire même après ce qu’on considèrerait en Occident comme la mort clinique. Comme je l’ai dit, il y a un passage à un niveau différent de corps-esprit à partir du moment où la respiration s’arrête (c’est-à-dire lorsque l’élément air perd son pouvoir) pour laisser place aux différentes expériences de l’élément espace. Si vous gardez une personne, qui est inconsciente, artificiellement vivante dans un respirateur, vous la gardez plus ou moins suspendue entre l’absorption de l’élément air et les expériences de l’élément espace, vous ne laissez pas partir l’énergie.

Si quelqu’un est dans un coma profond, il n’y a rien que vous puissiez faire pour cette personne, à moins que vous ne soyez capable de vous relier à votre esprit énergétique subtil et d’apporter une sorte de soutien énergétique positif à la personne mourante.

Tarab Tulku XI poursuit sans autres questions

Comment se passera le processus de la mort dépend dans une large mesure de nos autoréférences, de notre ressenti et de notre identification à nous-mêmes. Plus nos autoréférences et notre identité sont stables et authentiques, moins nous avons de peur. Si vous croyez à la réincarnation, alors vous croyez qu’il y a une sorte de « soi »à la fois avant que votre corps ne soit né et après lui. Ainsi, la vision de « soi » n’est pas limitée à l’idée conceptuelle de soi-même, elle n’est pas étroite et il semble ainsi que vous puissiez suivre le processus naturel de transformation de votre identité, de votre autoréférence à l’intérieur du processus de la mort, sans peur. D’un autre côté, si vous n’avez aucune idée de vous-même continuant après la mort, la sensation de « vous-mêmes » devient facilement figée et limitée à l’idée et la sensation de surface de vous-mêmes. Et puisque vous devez laisser cette sensation et cette idée superficielles de vous-mêmes derrière vous lorsque vous mourez, la peur s’élève naturellement. Vous avez peur de disparaître car vous êtes complètement identifiés à ce qui va disparaître dans le processus de mort. Je donne parfois l’exemple d’un arbre, si vous êtes juste identifié à une feuille de cette arbre et que cette feuille tombe, vous avez un problème. Mais si vous pouviez trouver le moyen de voir qu’à un niveau plus profond, vous êtes aussi toute la branche et qu’à un niveau encore plus profond vous êtes le tronc de cet arbre et ses racines alors la nature en changement permanent des feuilles qui tombent et des nouvelles feuilles qui apparaissent ne vous affectera pas beaucoup, car vous êtes identifié à un niveau d’être bien plus profond.

Ainsi, dans la perspective U.D., si vous comprenez profondément la nature interdépendante, la nature de cause et d’effet et la nature transitoire, vous avez une autre vision de vous-mêmes, votre identification est différente et votre peur d’être détruit diminue.

Le Bouddhisme comprend toutes sortes de méthodes pour aller dans le sens d’une diminution de la peur de la vie et de la mort, particulièrement utiles aux gens qui croient en une vie future. Une méthode très célèbre dans la tradition bouddhiste est le « powa »2, le transfert de conscience au moment de la mort. Dans le Powa ordinaire, on dit que vous transférez votre conscience dans Dewatchen, qui est la Terre Pure du Bouddha Amithaba. D’après la tradition bouddhiste Mahayana, on peut demander aux huit Boddhisattvas de l’aide pour nous guider là, et lorsqu’on y est, on a toutes les pratiques et les enseignements qu’on peut souhaiter et on ne retournera jamais dans une renaissance inférieure. Ce genre de powa est appelé powa magom sangye3 qui signifie quelque chose comme « transfert par lequel on devient un Bouddha – sans méditation ».

Lorsqu’on est dans le bardo, on se manifeste comme un être de bardo. C’est-à-dire qu’on prend un corps d’énergie particulier avec des sens particuliers qui ont des limitations spatio-temporelles bien différentes de notre corps physique. Par exemple, les êtres de bardo peuvent traverser les murs et les montagnes, comme nous le pouvons lorsque nous utilisons notre corps de rêve. Les sens ne sont pas limités comme les sens physiques, ce qui signifie que la conscience de bardo devient beaucoup plus sensible. Par exemple, si quelqu’un ne maîtrise pas le corps de bardo, il recevra trop d’impressions fortes.

Il y a de nombreux types de bardo et il est dit que les êtres de bardo de différents domaines de bardo ne peuvent pas communiquer entre eux. Par exemple, les êtres de bardo du royaume du désir, comme les humains ou les animaux ne peuvent pas communiquer avec les êtres de bardo du royaume des dieux de la forme.

Cependant, si certains Lamas on des pouvoirs méditatifs spéciaux, il peuvent contacter les êtres du bardo. Il y a certains rituels où ils peuvent appeler les êtres de bardo et leur enseigner comment pratiquer. Dans ce contexte, il est fait lecture du célèbre Livre Tibétain de la Mort, le Bardo Thö Drol4 aux êtres du bardo.

Habituellement, le bardo dure 49 jours. Mais il ne s’agit pas de 49 jours humains. Pour les êtres de bardo, cela peut faire des siècles, tout dépendant de quel genre de bardo il s’agit. Il y a aussi le phénomène d’être perdu dans le bardo, auquel cas, il y a certaines prières spéciales de bardo qu’on peut faire pour de tels êtres.

Le principal, si on veut soutenir des gens pendant leur processus de mort, c’est de les aider à être dans un état d’esprit paisible, un état qui ne soit pas affligé d’émotions fortes. Même si la personne mourante est très matérialiste et n’a aucune idée d’une continuation après la mort, on peut l’aider ainsi. Egalement, si nous nous sommes entraînés nous-mêmes, nous pouvons nous centrer sur le ressenti de la région du chakra du cœur, d’une part pour nous aider à avoir une attitude d’ouverture à la personne mourante et d’autre part pour soutenir le mourant depuis là, puisque l’énergie du chakra du cœur, d’après la tradition tibétaine, est semblable à celle de l’état final de la mort.

Si la personne a l’idée de la continuation et a aussi des liens avec des énergies / êtres supérieurs, on peut l’aider à contacter cela pour demander un soutien, ce qui permettra à la personne de rester dans le processus transformatif naturel de la mort.

Maintenant, vous pouvez vous demander comment nous connaissons toutes ces choses ?

Pour ce qui est de la réincarnation, si on regarde l’univers, on peut voir que toute la nature a une tendance naturelle vers la continuation et une tendance à rejeter ce qui menace sa survie. L’énergie qui est à la base de la réincarnation est cette sorte d’énergie, elle est la base de la continuation. Vous pouvez voir que ce principe de continuation est une règle universelle de l’existence.

On peut aussi observer, les sciences l’ont découvert de même que les yogis, qu’aucune forme ne reste figée ne serait-ce qu’une fraction de seconde, mais qu’un phénomène est basé sur un changement et un échange continuels, sur l’apparition et la disparition de ses plus petits composants. C’est dans ce sens que nous, dans Unité dans la Dualité, parlons de la pulsation de l’énergie vers la matière et de la matière vers l’énergie sans laquelle l’existence ne se poursuivrait pas.

Pour finir, concernant la connaissance du processus de la mort et du Bardo, il existe des pratiques spirituelles de la mort qui ont permis à des Yogis et des Yoginis de se déplacer avec tout leur être de la matière vers l’énergie et l’unité et d’en revenir, ce qui leur a permis d’avoir la connaissance de ces processus.

Ma propre expérience de Lama réincarné est la suivante :

En tant que Lama réincarné, on a vraiment des ressentis du passé – pour certains, ce sont juste des ressentis, mais d’autres se souviennent vraiment d’éléments concrets du passé. Mais il y a un aspect particulier à prendre en considération ici : en tant que Lama réincarné, vous êtes élevé avec des gens constamment autour de vous et qui vous parlent de votre incarnation passée, donc, que vous ayez des ressentis depuis le début ou non, vous pouvez vraiment entrer dans le ressenti de cette incarnation précédente comme étant une partie de vous-même. Mais, tout bien pesé, tous se passe comme si, en tant que Lama réincarné, vous avez accès à plus de réalités, ou nous pourrions dire, vous avez accès à un champ de réalité plus large.

D’après ma famille, avant l’âge de un an, j’ai montré un intérêt particulier pour les rituels, les moines, les nonnes et les cérémonies religieuses. Pour me faire plaisir le soir, mes parents devaient m’amener un peu en direction de Lhassa, la ville sainte, dans la direction qui était à la fois celle du monastère de l’Université de Drepung et celle de mon monastère. Il se trouve aussi que je récitais des mantras, ce que ma mère essayait de cacher car elle craignait que quelqu’un puisse avoir l’idée que j’étais un Lama réincarné, ce qui signifierait qu’elle me perdrait. Mais comme le pommier du jardin a fleuri à ma naissance à la fin du mois de Décembre et que l’eau de la rivière a pris une couleur blanche comme du lait, il ne semblait pas trop difficile aux moines de mon monastère de trouver le chemin de ma maison familiale.


1 Tib. : Ring-bsril, (phon. ringsil)

2 Tib. : Pho-ba, (phon. powa)

3Tib. : Pho-ba ma-sgom sang-ryas

4 Tib. : Bar-do’i-thos-grol

Edité dans « Tarab Tulku XI – A Tibetan Lama in Denmark », Editeurs : Jeannie Andersen et Anne-Sophie Bernstorff, Ørnens forlag, Copenhague, Danemark, 2009.

ISBN : 978-87-90548-79-7Author: Tarab Tulku XI

L’ancienne sagesse tibétaine du rêve


L’ancienne sagesse tibétaine du rêve
par Tarab Tulku XI

Le travail tibétain sur le rêve a une très longue histoire remontant à la religion populaire pré-bouddhiste, au Bön et au Bouddhisme. Les Tibétains qui font l’expérience de problèmes avec les esprits de la Nature utilisent habituellement les rêves pour les résoudre, en complément de la consultation d’oracles.

L’utilisation des esprits et des oracles est intégrée à la culture tibétaine ; il existe un Oracle d’état et chaque personne a un esprit de naissance, un esprit protecteur qui aide la personne tout au long de sa vie. Quand les gens étaient inquiétés par un esprit négatif, ils faisaient appel à leur esprit protecteur et que cela se passe à l’état de veille ou dans l’état de rêve ne changeait pas grand-chose. Cette facilité à travailler avec les esprits se trouve toujours chez les Tibétains d’aujourd’hui.

Le Bouddhisme tibétain a développé un système encore plus sophistiqué de travail avec les rêves et avec  l’état de rêve, qui contient toujours des aspects caractéristiques des traditions populaire et bön. Cela a commencé avec la transmission du Nord de l’Inde au Tibet des Six Yogas de Naropa, des Six Yogas de Suggasiddhi et des Six Yogas de Neguma. Les Six Yogas appartiennent à la tradition tantrique et de nombreux textes tantriques décrivent le travail avec les rêves et avec l’état de rêve. Le travail tantrique sur les rêves vise l’obtention du rêve lucide et la maîtrise de l’état de rêve, surtout à des fins spirituelles.

En tant que Lama tibétain, j’ai été capable de travailler avec les rêves depuis mon plus jeune âge. Au début, j’ai été fortement influencé par la manière de faire face aux esprits malfaisants de la religion populaire, en faisant appel à mes protecteurs. En tant qu’enfant tibétain, j’écoutais simplement les adultes parler des esprits et des protecteurs et j’ai participé à leurs rituels depuis l’âge d’un an, âge auquel j’ai été intronisé comme la réincarnation de Lama Tarab à mon monastère de Kongpo. A l’âge de quatre ans, j’ai commencé à diriger ces rituels, ce qui était un des rôles d’un Lama. Il était donc tout naturel pour moi d’avoir affaire aux esprit, à la fois dans l’état de rêve et dans l’état de veille.

Quand j’ai eu dix ou onze ans, mon précepteur principal, le Vénérable Kensur Gyaltsen Rinpoché, commença mon entraînement formel et celui de trois autres Lamas pour nous apprendre à travailler dans l’état de rêve. Il ne nous enseigna pas les pratiques formelles compliquées du Yoga du Rêve, mais une méthode plus simple. Il s’agissait de visualiser Manjusri (la divinité de la sagesse) et de répéter son mantra avant d’aller dormir, puis, dans l’état de rêve, on ferait l’expérience de Manjusri et on lui poserait les questions que notre maître avait préparées pour nous. On était censés nous réveiller avec les réponses.

Nous avons fait cela pendant environ un mois, nous posions des questions sur l’état de santé de différentes personnes etc., tous les soirs en allant dormir. Au bout de ce laps de temps, Kensur Rinpoché me dit que j’avais des capacités spéciales à travailler avec les rêves dans l’état de rêve. Il a dû le dire aussi a certains de ses autres élèves car de nombreuses personnes commencèrent à venir à moi et à me poser des questions sur leur santé, comment survivre à certaines maladies et que faire dans certaines situations. J’emmenais leurs questions dans mes rêves et essayais de trouver des réponses, d’éclaircir leur situation par mes rêves.

Kensur Rinpoché me fit travailler et j’emmenais des questions dans mes rêves tous les soirs pour avoir des réponses. Le matin suivant, je lui donnais les réponses et il m’enseignait comment les interpréter. J’ai fait cela tous les jours pendant environ trois ans. Quand j’ai eu treize ans, j’ai reçu l’enseignement formel des Six Yogas, qui comprenait le Yoga du Rêve. Donc, à partir de ce moment, j’ai commencé à pratiquer la méthode tantrique de travail avec l’état de rêve et j’ai obtenu toutes les capacités de rêve lucide me permettant d’utiliser le rêve pour le développement spirituel. J’ai continué le travail sur le rêve parallèlement à de nombreuses autres pratiques et à mon travail formel pour obtenir le grade de Guéshé Lharampa dans la « science de l’esprit et des phénomènes » bouddhiste, la psychologie et la métaphysique, que je n’ai achevé qu’à l’âge de vingt quatre ans juste après avoir fui le Tibet.

C’est dans ces circonstances particulières d’être prisonnier dans un camp sans savoir ce qui allait arriver que j’ai vraiment compris à quel point le précieux enseignement que j’avais reçu pouvait être utilisé en pratique non seulement pour le strict développement spirituel mais aussi pour des motifs de la vie quotidienne par toute personne quel que soit son degré de développement.

Je suis arrivé en Occident en 1962 et depuis, j’ai essayé de dévoiler la meilleure façon d’utiliser la grande richesse de la science bouddhiste de l’esprit et des phénomènes et de ses pratiques, d’une façon telle que chacun puisse en bénéficier, quelles que soient sa croyance et sa culture. J’ai voulu montrer comment les gens ordinaires vivant en Occident pouvaient utiliser les aspects universels de la sagesse orientale dans leur vie de tous les jours. Ainsi, la façon dont les gens pouvaient, en pratique, bénéficier dans leur vie quotidienne de ce que j’avais appris au Tibet constituait la ligne directrice de mon travail. J’ai compris d’emblée que le travail sur le rêve, en particulier en ce qui concerne la transformation des structures problématiques, pouvait être utile à tout le monde.

J’ai découvert que de nombreuses pratiques, provenant des Soutras comme des Tantras, pouvaient être utilisées pour soigner nos expériences de faiblesse habituelles, en particulier, le travail sur le rêve, les méthodes utilisant le processus de la mort ainsi que le travail sur l’expérience finale de la mort. La pratique de ces méthodes et de ces pratiques est de nature à changer radicalement nos expériences problématiques de la réalité et ainsi à changer notre façon négative de faire l’expérience de la réalité et à échanger avec notre environnement. Certaines des méthodes importantes que je trouve les plus utiles pour nous transformer dans notre vie de tous les jours sont contenues dans l’ancienne sagesse tibétaine du rêve.

Au Tibet, nous n’avions pas d’atelier sur le rêve, nous avions des pratiques spirituelles que nous utilisions aussi dans le rêve et nous avions l’ancienne façon de travailler sur les rêves qui dérivait de la religion populaire et du Bön. Et pourtant, j’ai commencé à donner des ateliers sur le rêve en Europe à la fin des années 70. On m’a demandé pour la première fois de donner un atelier sur la psychologie bouddhiste à l’une des premières Conférences Internationales Transpersonnelles. J’ai participé à cette conférence en Laponie, au nord de la Finlande avec mon maître, feu Kensur Rinpoché, que j’ai invité en Europe. Par la suite, j’ai été invité à donner des ateliers à Esalen, en Amérique, par Stanislav Grof. J’ai aussi été invité au Brésil et dans différents pays d’Europe.

Nombre de nos mauvais rêves surviennent parce que notre ensemble problématique fondamental d’autoréférences vulnérables s’élève dans l’état de rêve. Donc, si nous pouvons gérer ces émergences dans le rêve lorsqu’elles s’élèvent, nous pouvons changer les schémas sous-jacents qui, sinon, dirigent notre vie. C’est pourquoi la pratique principale que je vais présenter consiste à gérer directement les problèmes dans l’état de rêve.

Ces anciennes pratiques chamaniques et ces méthodes dérivant du Yoga du Rêve présentent une manière très profonde de travailler sur nos problèmes. Pour l’essentiel, on résout les problèmes en les combattant et en les transformant à l’aide des méthodes duelle et non-duelle. Bien sûr, ce n’est pas si simple qu’il n’y paraît. Dans le rêve, il faut d’abord atteindre les capacités de rêve lucide, sans quoi on ne peut pas transformer les schémas mentaux fondamentaux qui se manifestent dans cet état.

Cependant, si nous n’avons pas encore obtenu les habiletés du rêve lucide, je suggère qu’on travaille dans un état de rêve imaginal. De cette façon, on recrée le rêve et on entre dedans, ce qui permet aux problèmes que vous souhaitez changer de se manifester. Ce travail imaginal est utile, mais sa qualité dépend de la profondeur qu’on peut atteindre dans l’imagination, à quel point elle devient réelle pour nous. En particulier, si nous voulons transformer les schémas mentaux en utilisant des méthodes non-duelles, il nous faut parvenir à un état de rêve profond pour nous unir à l’objet désagréable.

Lorsqu’un élève est solidement établi dans le rêve lucide ou le rêve imaginal, j’introduis des méthodes de transformation qui sont tirées de l’ancienne tradition chamanique. En fait, je ne présente pas des méthodes de travail avec le monde des esprits, mais certaines des méthodes que j’utilise sont basées sur les connaissances de cette ancienne sagesse. Les méthodes non-duelles de transformation sont inspirées des méthodes tantriques qui nous permettent de toucher notre énergie fondamentale essentielle pour nous libérer des structures problématiques.

Ces méthodes de transformation non-duelle sont en lien avec le processus de la mort et l’état final de la mort. Ces états naturels de rêve et de mort ont une place centrale dans la méditation tantrique et, d’après les Tantras les plus élevés, nous sommes censés utiliser aussi des pratiques liées à la mort dans le Yoga du Rêve et dans les pratiques de rêve. Ces pratiques ont un lien avec les méthodes que je présente ici, mais ne leur sont pas identiques.

J’y ai également incorporé les manières spéciales qu’ont m’a enseignées, d’établir un contact et de recevoir des réponses dans l’état de rêve et dans la méditation, elles dérivent à la fois des traditions bouddhistes et chamaniques. La tradition chamanique vous entraîne à entrer consciemment dans l’état de rêve sans les méditations spécifiques proposées dans la tradition bouddhiste. Les tibétains grandissent en croyant que dans l’état de veille on peut contacter un état similaire à l’état de rêve, faisant monter notre énergie jusqu’à une présence vivante avec laquelle on accède aux pouvoirs dits magiques. C’est un aspect de notre culture et donc nous savons que c’est possible.

Vous ne trouverez pas le travail sur le rêve présenté de cette façon dans la tradition chamanique ni dans les Tantras bouddhistes, mais tous les aspects présentés ici peuvent être remontés jusqu’à ces anciennes traditions. J’ai développé cette façon particulière de travailler avec les rêves spécifiquement pour permettre à quiconque, quelles que soient ses croyances ou ses attaches culturelles, de pouvoir transformer ses structures problématiques par lui-même d’une façon radicale, en utilisant l’ancienne sagesse encore accessible.

Lorsque j’ai commencé à enseigner cette ancienne sagesse du rêve tibétaine et que j’ai présenté dans ce but la théorie philosophique / psychologique sous-jacente, j’ai constaté l’importance de s’engager profondément dans la philosophie et la science de l’esprit pour comprendre la réalité dont nous faisons l’expérience et pour nous développer nous-mêmes.

Du fait de l’importance de cette compréhension, j’ai décidé de rendre ce matériau accessible aux personnes qui travaillent sérieusement sur elles-mêmes et avec les autres. A cette fin, j’ai établi une formation de quatre ans en « Science de l’esprit et des phénomènes », développement personnel et art de la relation, application psychothérapeutique et spirituelle que j’ai appelé « Unité dans la Dualité ».

Toutes les philosophies bouddhistes considèrent le sujet et l’objet comme interreliés, selon la vue de tendrel, l’origine interdépendante. « Unité dans la Dualité » est le nom que j’ai donné à mon approche qui implique à la base la vue de l’interrelation sujet-objet, corps-esprit et énergie-matière. Unité dans la Dualité – abrégé en UD – est donc ma façon spécifique de présenter la philosophie indo-tibétaine, la psychologie, le développement personnel, l’art de la relation et les applications psychothérapeutique et spirituelle.

Si les interrelations entre le sujet et l’objet n’existaient pas, il serait tout simplement impossible de nous transformer et, même si nous le pouvions, cela n’affecterait pas notre expérience de la réalité. Sans cette interrelation, nous ne serions pas du tout capables de changer notre expérience, puisque ce dont nous ferions l’expérience existerait là de la façon dont nous en avons l’expérience, mais indépendamment de nous-mêmes. A mon avis, comprendre cela et les autres interrelations est tout-à-fait essentiel aussi bien pour le Bouddhisme que pour le développement personnel, l’art de la relation et l’application psychothérapeutique ainsi que pour le développement spirituel.

Tarab Tulku XI (1934-2004) était l’un des plus éminents sages tibétains. Il reçut toute son éducation au Tibet et fut diplômé de l’Université du monastère de Drepung où il reçut le grade le plus élevé de Guéshé Lharampa. Rinpoché vécut en Occident pendant plus de 30 ans et occupa le poste de Maître de conférences à l’Université de Copenhague ainsi que de chercheur à la Bibliothèque Royale. L’œuvre de la vie de Rinpoché, manifestée dans « Unité dans la Dualité », a reçu le plein soutien et l’intérêt de Sa Sainteté le Dalaï Lama. Sa Sainteté pense que le travail de Rinpoché fait plus que soutenir le Bouddhisme en Occident, il a aussi une grande importance pour le peuple tibétain. C’est pourquoi le cabinet de Sa Sainteté a organisé en Octobre 2003 une grande tournée d’enseignement pour Tarab Tulku XI en Inde. Il fit des exposés pour 21 institutions de la communauté tibétaine en exil, depuis les nombreux collèges et écoles jusqu’à l’Ecole de Dialectique et l’administration en exil. Rinpoché nous a quitté prématurément en Septembre 2004. Il n’a malheureusement pas pu retourner enseigner dans les grandes universités monastiques du Sud de l’Inde comme le souhaitait Sa Sainteté.

Publié dans « Tricycle » et dans « A Tibetan Lama in Denmark »

Tarab Tulku XI

Tarab Tulku XI est né à Gangkyi Shar près de Lhassa le 22 décembre 1934. Alors qu’il était encore très jeune et bien que ses tuteurs avaient déjà décidé de qui serait son maître principal, Rinpoché suivit sa propre volonté et alla seul demander au vénérable Khensur Pema Gyaltsen Rinpoché qui l’impressionnait beaucoup, s’il acceptait d’être son maître. Khensur Rinpoché, surpris par ce petit Lama volontaire, accepta à la condition que ses tuteurs soient d’accord – c’est ainsi que celui qui deviendra le fameux maître et abbé du monastère de l’université de Drepung devint le maître principal de Tarab Tulku XI.


Au-delà de l’aide qu’il pouvait apporter à Tarab Tulku XI dans le cadre de ses études académiques, Khensur Rinpoché lui enseigna les yogas. « Lorsque j’avais dix ou onze ans, Khensur Rinpoché a commencé à m’entraîner de manière formelle au yoga des rêves. Il ne nous enseignait pas les pratiques formelles complexes du yoga des rêves, mais une méthode plus simple. Khensur Rinpoché me posait des questions chaque soir auxquelles il fallait que je trouve des réponses dans mes rêves. Le lendemain, je lui livrais les réponses que j’avais reçues et il m’aidait à les interpréter. J’ai pratiqué cela toutes les nuits pendant trois ans. Quand j’ai eu treize ans, je reçus l’enseignement formel des six yogas, dont celui des rêves. À partir de cette époque, j’ai commencé à appliquer cette pratique tantrique des rêves, atteignant la maîtrise totale du rêve lucide, utilisant mon état de rêve pour mon développement spirituel. C’est principalement sur la base de mes expériences acquises au cours de ce travail sur les rêves, et en affinant ma maîtrise de l’état de rêve que j’ai ensuite développé une théorie et des pratiques pour travailler avec les rêves en vue d’un développement personnel ou dans un but thérapeutique – ce qui est depuis de nombreuses années une partie de mon enseignement pour mes étudiants occidentaux. »

Tarab Tulku XI a reçu une éducation traditionnelle complète en ce qui concerne la science bouddhiste de l’esprit et des phénomènes, la métaphysique ainsi que des disciplines méditatives telles que le tantra, et finit ses études à 24 ans avec le diplôme le plus élevé, celui de Géshé Lharampa.

Rinpoché n’a jamais été totalement satisfait par les enseignements formels et très tôt dans son entraînement, il commença à poser des questions plus poussées, ce qui lui permit lentement mais sûrement de comprendre profondément les aspects universels de la science bouddhiste de l’esprit et des phénomènes, qui deviendront la base de l’Unité dans la dualité. À l’âge de treize ans, Rinpoché commença à enseigner à Drepung et il devint connu à la fois comme l’un des meilleurs érudits et débatteurs, et pour sa grande compassion pour ces concurrents en dialectique —il a ainsi eu de nombreux étudiants au Tibet avant qu’il n’ait à le quitter en 1959.

Confronté au fait d’avoir tout perdu durant son exil, Tarab Tulku XI commença à se demander comment la vaste connaissance qu’il avait acquise au Tibet pourrait rester disponible et être d’une utilité pratique dans un contexte moins spirituel que celui dans lequel il avait grandi. Comme nul ne savait ce qu’il adviendrait dans le futur, Khensur Rinpoché demanda à Tarab Tulku XI d’utiliser sa maîtrise des rêves pour trouver un moyen de rassembler l’essence de ce qu’il avait appris au Tibet.

Rinpoché eut alors un rêve dans lequel il reçut quatre poèmes, et il se souvint de trois d’entre eux au réveil. Il les mit par écrit et Khensur Rinpoché eut l’air très satisfait en les lisant. Mais il fallut de nombreuses années à Tarab Tulku XI pour comprendre parfaitement ce que ces poèmes signifiaient en profondeur. Peu à peu, comme Rinpoché développait sa propre voie en occident, l’Unité dans la dualité, il lui apparut de plus en plus clairement que tout ce qu’il développait dans cette approche étaient déjà présent dans ces poèmes depuis le tout début.

Au Danemark, en plus de son travail à l’Université et à la bibliothèque royale (où il était directeur de la section tibétaine), Rinpoché continua ses propres investigations internes, rencontrant des obstacles successifs à sa compréhension sur la voie de son propre développement jusqu’à ce qu’il atteigne l’état dans lequel toutes les connections des Tendrel – la nature intereliée de toute l’existence – devient claire comme du cristal. Ensuite Rinpoché commença à étudier de nouveau les vieux manuscrits indo-tibétains qu’il avait laissés de côté pendant quelques années afin de découvrir son propre chemin et de laisser se développer sa propre voie.

À la fin des années 70, Rinpoché commença à partager ses vues avec une audience occidentale plus large à l’une des premières conférences de psychologie transpersonnelle qui se tenait en Finlande, à laquelle il avait été invité avec son maître Khensur Rinpoché. C’est de cette époque que datent aussi ses liens avec Stanislav Grof et la société de psychologie transpersonnelle dont il a été pendant un temps le représentant en Orient.

À cette époque, des éléments et des aspects divers de la science de l’esprit et des phénomènes, du développement personnel et des applications spirituelles et psychothérapeutiques de l’Unité dans la dualité, basés sur son savoir et son expérience profonde de la tradition bouddhiste tibétaine, commencèrent à prendre forme. À la fin des années 80, Rinpoché réussit à intégrer ces divers aspects dans le système complet de l’Unité dans la dualité, réalisant par là son souhait profond d’ouvrir la richesse des aspects universels de la vue bouddhiste et de la sagesse méditative à des personnes qui ne sont liées ni à la culture tibétaine, ni à la religion bouddhiste.

Tarab Tulku XI a donné des séminaires d’Unité dans la dualité tout autour du monde. Il a fondé les instituts Tarab de Munich, Hambourg, Copenhague, Helsinki, Bruxelles, Tartu, Paris et Londres. En 1994, Rinpoché enseigna pour la première fois sa formation de trois ans d’Unité dans la dualité à l’institut Tarab de Belgique. Dans cette formation, Tarab Tulku XI présente les aspects universels de la science de l’esprit et des phénomènes du bouddhisme indo-tibétain, le développement personnel ainsi que l’application spirituelle et thérapeutique en accord avec les besoins d’une culture rationnelle et technologique hautement développée. Depuis lors, il a encore développé le programme de cette formation, assisté de Lene Handberg, sous la forme d’un programme de quatre années.

Tarab Tulku XI considérait l’Unité dans la dualité comme le point de rencontre de la sagesse orientale et de la science occidentale. Parce que le paradigme de l’Unité dans la dualité est basé sur l’essence de la sagesse traditionnelle orientale, donc sur un savoir universel, au-delà du temps, il devint clair que beaucoup de ses aspects correspondent aux découvertes de la science moderne. C’est pourquoi Tarab Tulku XI a organisé une conférence scientifique interdisciplinaire à Munich en octobre 2002. Il invita Sa Sainteté le Dalaï Lama à cette conférence, et lui offrit à cette occasion les premiers chapitres du livre qu’il était en train de rédiger. C’est à cette occasion que Tarab Tulku XI et Sa Sainteté eurent l’occasion pour la première fois de parler du travail qu’avait développé Rinpoché. Sa Sainteté a été très favorablement touchée par le travail de Rinpoché et lui demanda immédiatement de venir en Inde pour enseigner dans les institutions tibétaines du Nord et du Sud de l’Inde. Comme l’emploi du temps de Rinpoché était déjà très rempli, il ne put enseigner que dans 21 institutions tibétaines dans le Nord. À sa grande surprise, il fut partout reçu avec les respects que l’on doit à un très grand lama. Mais Rinpoché apprit plus tard par des moines de Dharamsala que Sa Sainteté avait récemment dit dans un monastère tibétain d’une université du sud de l’Inde qu’il voyait en Tarab Tulku XI le meilleur maître tibétain de sa tradition à notre époque.

Rimpoché était atteint d’un cancer depuis six mois, qui s’est brutalement révélé après sa tournée d’enseignement en Inde. Le jour précédant l’entrée dans le processus de la mort de Rinpoché, il y a eu un tremblement de terre au Danemark, ce qui est tout à fait inhabituel. Lorsque Rinpoché est décédé, il y avait du soleil et de la pluie et de nombreux arcs-en-ciel dans le ciel de Copenhague. Enfin, la nuit précédant la crémation du corps de Rinpoché, notre maison a tremblé dans un grand bruit que nous avons entendu aux trois niveaux, et le bureau de Rinpoché vibrait.

Le départ de Tarab Tulku XI, bien qu’il soit une perte tragique pour chacun d’entre nous, fut aussi un très grand enseignement dans la manière dont Rinpoché a géré sa maladie, son optimisme fantastique, son courage et sa motivation profonde. Il nous a montré à travers ses enseignements jusqu’au tout dernier instant comment ramener la connaissance et la luminosité intense et authentique de la sagesse et de la compassion dans nos vies.

Tarab Tulku XI

Mis en avant

Tarab Tulku XI, 1934-2004, Docteur en philosophie, Lama tibétain, acheva ses études en philosophie tibétaine / « science de l’esprit » au Tibet avec le plus haut grade académique, celui de Guéshé Lharampa. Il fut directeur de la Maison du Tibet à New Delhi, maître de conférences à l’Université de Copenhague pendant plusieurs années et chercheur à la Bibliothèque Royale de Copenhague.

Tarab Tulku XI fut l’un des plus grands érudits tibétains de la seconde moitié du XXe siècle. Loin d’en rester à ce qui lui avait été transmis durant ses 25 années de vie monastique, il a entrepris de synthétiser toute l’histoire de la philosophie indienne bouddhique, dont il a ensuite extrait les éléments les plus pertinents pour les Occidentaux, offrant ainsi une compréhension inédite de notre expérience humaine, notamment par l’éclairage des mécanismes de fonctionnement du mental, et de l’interaction de ce dernier avec le corps.

Durant toute sa vie de pratiquant et de chercheur, il se préoccupa de comment expliquer et faire pratiquer la méditation et de manière simple et efficace. Cependant, il veilla constamment à se maintenir dans une approche authentique au regard de la tradition, afin que tout pratiquant puisse véritablement éprouver les effets de la méditation, en particulier à travers l’expérience d’un « mieux vivre ».

Au cours des 25 dernières années a fait des exposés au cours de nombreuses conférences internationales sur la philosophie / psychologie bouddhiste et a donné inlassablement des ateliers UNITÉ DANS LA DUALITÉ de par le monde. A côté de publications diverses en langue tibétaine, les publications de Tarab Tulku XI en anglais incluent : le « Catalogue de manuscrits et xylographies tibétains », Vol. I-II, Curzon, Richmond, Surrey Press / Royal Library, Copenhague 2000 », « Bref historique des grades académiques dans la philosophie bouddhiste », Nordic Institute of Asian Studies (NIAS), Copenhague 2000, ainsi que des articles sur la langue tibétaine et la philosophie / psychologie bouddhiste publiés dans diverses revues internationales. Il a achevé un vaste travail en tibétain sur Unité dans la Dualité juste avant son décès, œuvre qui sera publiée dans un futur proche à Dharamsala sous la direction de Sa Sainteté le Dalaï Lama. Rinpoché est aussi l’éditeur du livre « Einheit in der Vielfald », 2005, concernant la conférence Tendrel / Unité dans la Dualité de 2002.

Plusieurs livrets basés sur ses enseignements ont été publiés par les Instituts Tarab. Ils sont disponibles en français, anglais et allemand. Dans les prochaines années, nous espérons pouvoir rendre disponible en anglais, français et allemand le grand exposé de Tarab Tulku XI en tibétain sur Unité dans la Dualité. Cependant, plusieurs livres, basés sur des ateliers de week-end et de grands ouvrages concernant l’éducation Unité dans la Dualité sont en cours.

Tarab Tulku XI – Un Lama tibétain au Danemark

Tarab Tulku XI – Un Lama tibétain au Danemark
J. Andersen & A. Bernstorff
« La culture et la philosophie tibétaines prennent vie dans cette extraordinaire et originale histoire personnelle de Tarab Tulku XI. »

Ce livre est distribué en anglais et en danois par Words of Wisdom. 
Website :  www.wordsofwisdom.dk

La version française est disponible à Tarab Institute France
Email : tif@tarab-institute.fr

qui vous donneront plus de précisions.

Tous les bénéfices tirés de la vente de ce livre vont à la Société culturelle dano-tibétaine et à la Fondation Tarab Institute International. L’éditeur, les auteurs et tout ceux qui ont contribué à l’élaboration de ce livre ont fait don de leur travail.


Quand le pommier de la pauvre petite ferme du Tibet a fleuri au plus froid de l’hiver, tout le monde a su que l’enfant qui allait naître serait un enfant très spécial.

Tarab Tulku XI est né dans l’année du cochon de bois 1934, non loin de Lhassa, la capitale du Tibet. Il fut rapidement reconnu comme l’incarnation de Tarab Tulku XI et fut intronisé au monastère de Tashi Rabten dans le Sud du Tibet à l’âge de un an. A six ans, accompagné d’un long cortège, il entreprit un dangereux et magique voyage de trois semaines à dos de cheval à travers le Tibet pour commencer ses études à l’Université Monastique de Drepung.

La vie de Tarab Tulku XI reflète la tragique histoire du Tibet et, comme tant d’autres lamas réincarnés, lorsque les Chinois envahirent le pays, il dut fuir à pied à travers l’Himalaya pour une vie d’exil. Dans des conditions très dures dans un camp de réfugiés indien, il obtint son diplôme de guéshé.

Le prince danois Pierre et le Dalaï Lama prirent soin que le Danemark deviennent la nouvelle demeure de Tarab Tulku XI. Il continua ses recherches en philosophie bouddhiste et développa une exceptionnelle et profonde compréhension de la culture occidentale et de la façon occidentale de penser. Il a développé Unité dans la Dualité, une interprétation et une présentation des éléments universels du Bouddhisme et une méthode pratique pour vivre en paix et en harmonie avec les autres.

La culture et la philosophie tibétaines prennent vie dans cette exceptionnelle et non-conventionnelle histoire personnelle de Tarab Tulku XI.

Einheit in der Vielfalt

A propos du livre « Unité dans la Multiplicité »

Tarab Tulku XI, qui fut à l’origine de la conférence Tendrel – Unité dans la Dualité, souhaitait de puis longtemps organiser une rencontre entre l’ancienne science interne et la science occidentale moderne. Finalement, toutes les conditions se trouvèrent rassemblées : le rapprochement de grandes capacités dans différentes disciplines de la science moderne, l’achèvement de son œuvre en tibétain, dans laquelle la présentation de Tendrel1 ne constitue qu’un chapitre et qui fascina tellement Sa Sainteté le Dalaï Lama qu’il demanda immédiatement à son secrétaire de lui trouver le temps, dans son agenda très chargé, de prendre part à la conférence dans un délai très court, ainsi que la réunion des ressources humaines et financières pour créer une conférence de cette ampleur.

La raison pour laquelle Tarab Tulku XI a créé cette conférence Tendrel – Unité dans la Dualité était tout d’abord pour présenter aux scientifiques modernes certaines des principales universalités de l’ancienne sagesse dont ils n’avaient peut-être pas conscience. D’un côté il sentait qu’il serait intéressant pour les scientifiques occidentaux de prendre conscience d’un certain nombre d’explorations et des résultats parallèles et de l’autre, il voyait que ces deux approches, par leur rencontre, pouvaient profondément s’enrichir l’une l’autre et former une base à partir de laquelle une approche toute nouvelle pourrait s’élever.

Pour rendre possible une véritable rencontre de ces deux parties, Tarab Tulku XI a créé une base commune, au delà des conditionnements culturels et religieux en présentant Tendrel, la nature interreliée de la réalité, dans son interprétation du Tendrel de Nagarjuna et de Tsongkhapa ainsi que par rapport à la nature de Tendrel telle qu’elle est exposée dans Unité dans la Dualité, sachant que toutes les disciplines de la science – ancienne comme moderne – pouvaient s’y relier profondément. C’est ainsi que Tarab Tulku XI a créé une base de communication et d’approfondissement des échanges mutuels et de la compréhension qui, on peut l’espérer, vont aider dans le futur à la mise en œuvre du meilleur de l’ancien et du nouveau monde.

Cependant, il y avait aussi une autre raison pour que Tarab Tulku XI choisisse de développer le sujet de Tendrel. Il voyait que la réalisation de la nature Tendrel de la réalité aurait un grand impact positif sur l’humanité au sens large. Il sentait que si nous comprenions vraiment la nature de Tendrel, cela changerait naturellement notre vision de l’existence, de la réalité et de nous-mêmes et de l’interrelation des trois. Et si cette compréhension venait à être mise en application, nous disposerions du plus puissant des outils pour changer notre façon d’exister.

L’idée de Tarab Tulku XI était de créer une série de conférences sur cette base. La conférence de Munich 2002 était la première et elle devait se concentrer surtout sur la recherche dans la nature de Tendrel par rapport au pôle objet de l’interrelation sujet-objet qui se réfère à l’objet de la recherche des sciences dures, ce qu’on appelle la réalité « extérieure ». La deuxième conférence devait être concentrée sur la nature de Tendrel par rapport au pôle sujet, ce qui se relie à l’objet de la recherche des sciences humaines, notre monde « intérieur ».
Dans la conférence de Munich cependant, il y avait déjà une petite ouverture sur le domaine de la deuxième conférence ainsi que dans les approches psychologiques par rapport à la nature de Tendrel présentées dans deux des exposés. Mais dans la prochaine conférence Unité dans la Dualité qui doit se dérouler à Paris en 2007, la nature de Tendrel du pôle sujet aura la place principale.

Avant la conférence de Munich, Tarab Tulku XI a distribué son exposé sur Unité dans la Dualité – Tendrel aux scientifiques participant. Cet exposé a profondément impressionné et questionné les scientifiques – comme ils l’ont exprimé ensuite chacun à leur façon. Par exemple, le Professeur Hans-Peter Dürr a commencé son discours par ces mots : «  J’ai été très touché par la présentation que Tarab Tulku XI a faite dans son exposé, et par son commentaire, que si nous acceptions vraiment tout ce qu’impliquent la science moderne et l’ancienne sagesse orientale, notre vision des mondes extérieur et intérieur et notre vie de tous les jours changeraient considérablement. Oui, c’est ce dont on a besoin aujourd’hui et c’est pourquoi je suis là. Je suis pleinement en accord avec vous. Nous pouvons débattre de façons légèrement différentes car nous venons d’horizons différents, mais ce qui est passionnant, c’est que nous avons quelque chose en commun. »

Dans un article du journal allemand Die Zeit (Le Temps), la journaliste Birgit Baader a écrit : « Gerhard Fasching, Professeur émérite de l’Université Technique de Vienne a souligné que les différents points de vue ne sont pas contradictoires, mais au contraire complémentaires et qu’ils s’enrichissent l’un l’autre de façon harmonieuse : « Tout ce qui est côte à côte dans la Dualité est unifié dans la racine de l’Unité. J’ai compris là que le Tendrel tibétain, l’ancienne connaissance vécue de la philosophie indo-tibétaine nous donne des instructions à nous, scientifiques occidentaux, sur la manière de structurer les phénomènes déstructurés auxquels nous sommes confrontés en une réalité unifiée et compréhensible. Nous ne pouvons pas saisir la base fondamentale de tout ce qui est, l’unité qui est sous-jacente à tout, avec seulement nos méthodes scientifiques. »

Baader poursuit : « Lors de la conférence, il devint dangereusement clair qu’une transformation de la pensée matérialiste, tellement prédominante en Occident est la condition préalable à la stabilisation des conditions de base dans tous les domaines de la vie. C’est seulement ainsi que les potentiels existants et les ressources dans les domaines de l’économie, de la science, de la technologie et de la société peuvent être pleinement utilisés. Le Docteur en philosophie Tarab Tulku XI, Lama tibétain et Rinpoché, initiateur de la conférence et enseignant de la formation « Unité dans la Dualité » l’a exprimé de la façon suivante : « Regardant le monde avec les yeux de la philosophie tibétaine, dans le dialogue avec les scientifiques présents, les portes de la compréhension et de l’inspiration s’ouvrent à nous que nous pouvons franchir pour pleinement développer notre potentiel dans la vie ! »
L’article se termine sur les mots du XIVème Dalaï Lama : Ce n’est qu’en rencontrant les autres et nous-mêmes avec compassion, ouverture et amour que nous pouvons trouver un bonheur commun qui soit profitable à toute vie sur cette terre. »

Deux fascinantes révélations continuellement déployées tout au long de la conférence. La première se produisit à l’occasion de la profonde réflexion des scientifiques sur les références de base et les facteurs déterminants de leur science particulière. Cette révélation qui se déploie en permanence était spectaculaire pour le public et semblait recréer une fascination profonde et un respect pour la science moderne, conduisant naturellement à la deuxième étonnante révélation : que les scientifiques de toutes les disciplines présentes, sans tenir compte de la partie du monde dont ils viennent, se relient tous à l’ancienne vue Tendrel – Unité dans la Dualité de l’interrelation de tout ce qui existe comme étant un principe de base , avec principalement l’interrelation sujet – objet.

Comme le Docteur Rupert Sheldrake l’exprima dans la discussion finale : « Le plus frappant des diverses discussions que nous avons eues ici est la façon dont nous sommes tous d’accord sur les principes de base d’Unité dans la Dualité : dans la cosmologie, la physique quantique et la biologie, dans le développement de la science lui-même, come l’a expliqué le Professeur Fasching, et même dans la dialectique entre la perspective male-femelle sur le monde. Dans les nombreux aspects dont nous avons parlé, il y eut un accord extraordinaire sur le point de vue Tendrel – Unité dans la Dualité, les paires d’opposés de Nagarjuna que Tarab Tulku XI a si clairement expliquées dans son exposé. »
Avec le Professeur Trinh Xuan Thuan : « Ce qui m’a le plus touché était le thème de l’interdépendance qui se manifestait dans la plupart des discours. »
Le Professeur Jean Bolen continue : « Ce qui m’a le plus impressionnée était la combinaison de la vue des grands phénomènes de l’astrophysique et des plus petites choses – encore l’interconnexion de toute chose ! »
M.A. Marit Rullmann fit cette remarque dans la discussion finale : « Quand j ‘ai reçu le document de Tarab Tulku XI, j’ai pensé : Ceci est incroyable, dans le Bouddhisme ils abordent les mêmes sujets que nous dans la philosophie féministe : l’amour, la compassion, l’interconnexion de tout ce qui est… comment est-il possible que personne ne m’ait jamais dit cela ! »
Dans son discours, le Docteur Candice Pert a déclaré : « « Tout est interconnecté et les parties sont les unes dans les autres – dans la science, nous savons cela depuis 10-15 ans – mais je crois que ces idées sont très anciennes ailleurs… Nous créons toujours nos propres réalités et nous créons toujours nos propres histoires, et lorsque nous rencontrons cette vérité scientifique et la vérité bouddhiste que nous sommes constamment en train de créer nos réalités, quelque chose de merveilleux se produit : la vie ne devient pas seulement plus heureuse, mais plus puissante, puisque nous prenons une sorte de responsabilité de ce qui se passe dans nos vies. »

Le Docteur Candace Pert et le Docteur Rupert Sheldrake touchèrent l’autre interrelation principale de notre existence, mise en évidence par Tarab Tulku XI, l’interrelation et l’unité entre le corps et l’esprit – le « corps-esprit ». Dr Candace Pert : « Le Dr Rupert Sheldrake et moi ne croyons pas à l’ancien point de vue que le cerveau est à l’esprit ce que le rein est à l’urine. L’esprit est produit par la totalité de l’être – le « corps-esprit » – et pas seulement par le cerveau…, donc la conscience est vraiment une propriété de l’ensemble du « corps-esprit ». Ce sont des faits scientifiques. »

Un effet secondaire extrêmement positif de la conférence Tendrel – Unité dans la Dualité fut que les scientifiques ont découvert, pendant la conférence, une base commune dont ils avaient sans doute bien l’intuition avant, mais peu d’expérience directe. La conférence a créé une plateforme commune où les différentes disciplines scientifiques pouvaient se rencontrer, ainsi que le Professeur Hans-Peter Dürr l’a espéré : «  Mes attentes à propos de cette conférence étaient que je me sentais très concerné par la situation actuelle du monde et je me demandais : est-ce que l’aspect de cette conférence est important ? Et j’ai pensé : oui, à l’heure actuelle, le contact entre les différentes disciplines est très important… »
M.A. Marit Rullmann : « J’ai découvert ici une nouvelle réalité : que la science est possible de différentes façons – dans les universités allemandes, la collaboration scientifique intersubjective n’est pas la règle et il y a très peu de possibilités de se rencontrer comme dans cette conférence interdisciplinaire. »
Et Birgit Baader dans Die Zeit : « L’espoir demeure que des conférences et des rencontres telles que Unité dans la Dualité, qui contribuent à une meilleure compréhension interculturelle et interdisciplinaire ne restent pas une exception, mais deviennent une institution établie aussi vite que possible. »

Le public a beaucoup applaudi les scientifiques dans les présentations de leurs vues fascinantes – illuminant les derniers résultats de chaque discipline l’une après l’autre – formant une magnifique «  image » kaléidoscopique de l’univers, du plus petit au plus grand possible. Cependant, à la fin, le public souleva de nombreuses questions telles que : « Pourquoi est-ce que cela prend si longtemps pour que les résultats de la recherche scientifique moderne, brisant les barrières ordinaires, ne soient mis en application dans notre culture pour avoir un véritable impact sur notre façon de vivre ? »
Le Docteur Rupert Sheldrake a clarifié ce point en disant : « Plusieurs personnes m’ont dit qu’elles étaient étonnées de la façon dont les scientifiques s’accordent les uns avec les autres et à quel point le message de la science moderne était magnifique… Cependant, les points de vue que vous avez entendus ici ces jours-ci ne ressemblent pas à ceux qu’on entend dans la plupart des institutions scientifiques. Il y a un long chemin avant que ces découvertes ne pénètrent la science elle-même, et encore plus avant qu’elles ne touchent l’éducation scientifique qui continue toujours d’enseigner un matérialisme figé à 100 millions de jeunes gens de par le monde. Ils apprennent une science de jadis décrite de la plus ancienne manière, à très peu d’exceptions près. Il y a un très long chemin avant que ces découvertes ne pénètrent notre culture. »

Une vision commune – qui paraissait vraie – permit à un flot d’énergie et de sentiment d’interconnexion de circuler parmi les scientifiques et le public, ainsi :
La rencontre de mots qui semblent normalement contradictoires : la rencontre des sciences dures qui constituent la base de notre vision de la réalité et de l’ancienne sagesse liée à la spiritualité.
Comme le Professeur Thuan l’exprimait dans une interview à la journaliste Michaela Doepke : « Il y a une énergie énorme ici. Je crois que nous partageons une vision commune… tous les participants à la conférence cherchaient… un lien entre la science et le Bouddhisme. Trois jours pour examiner la réalité. Oui, et il y a ce champ commun d’énergie qu’on peut sentir dans la pièce. Tout fait qu’il y a une énergie très positive ici, pas uniquement au point de vue mental, intellectuel… on peut vraiment sentir comment le corps et l’esprit forment une unité. »

J’espère qu’avec ce livre, nous serons capables d’apporter toutes les richesses de cette conférence révolutionnaire au lecteur. J’espère aussi que de posséder ce matériel permet de trouver le temps pour une nécessaire réflexion concernant la mise en œuvre de ce qui est devenu si évident lors de la conférence. Espérons aussi qu’un livre comme celui-ci aidera les enseignants des différents instituts d’éducation à pousser au changement des programmes pour permettre aux étudiants d’avoir une compréhension bien plus précoce de ce nouveau paradigme que la science moderne dessine, à la fois en elle-même et par sa rencontre avec l’ancienne science interne. Puisse ce travail favoriser le déploiement de la compréhension, pour le bien de l’humanité, de l’interrelation de l’existence en vue d’une perspective pour le futur plus constructive, responsable et joyeuse.

Remerciements
Au nom de Tarab Tulku XI1, je souhaite adresser mes remerciements tout spécialement à Sa Sainteté le Dalaï Lama pour avoir assisté à la conférence et pour la reconnaissance et le grand soutien qu’il a apportés à la nouvelle façon de présenter l’ « ancienne science de l’esprit et des phénomènes » de Tarab Tulku XI en termes d’Unité dans la Dualité, qui est au delà des limites culturelles et religieuses. L’an dernier, Sa Sainteté a officiellement proclamé qu’il trouvait que Tarab Tulku XI était l’un des plus grands sages du Bouddhisme et, à la très triste occasion de son décès, le Dalaï Lama déclara qu’il était très regrettable pour nous que Tarab Tulku XI nous quitte si tôt, son travail étant de la plus haute importance pour notre époque.
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¹ Tarab Tulku XI est malheureusement décédé trop tôt le 23 septembre 2004.

Remerciements très spéciaux aussi aux scientifiques qui, avec une grande ouverture d’esprit et un grand enthousiasme se sont courageusement employés à présenter les résultats extrêmement intéressants de leurs recherches en réponse à l’appel de Tarab Tulku XI de se retrouver sur le même terrain, ce qui a facilité la rencontre au vrai sens du terme.

Un grand merci aussi à toutes les personnes qui ont si généreusement déployé sentiments, temps et idées et à celles qui ont apporté un soutien financier et un dur travail pour permettre à la Conférence Tendrel – Unité dans la Dualité et au livre Unité dans la Dualité d’exister. Tous font partie de ce grand puzzle nécessaire pour qu’apparaissent ces fascinantes connexions et qu’elles soient connues du grand public.

Permettez-moi de terminer cette préface au nom de nombreuses personnes et d’adresser nos profonds remerciements à feu Tarab Tulku XI pour son génie et son ouverture d’esprit qui lui ont permis de présenter et de conserver pour le futur l’ancienne sagesse enfouie dans le Bouddhisme d’une façon qui la rende disponible à toute personne en dépit des croyances et des cultures en termes d’Unité dans la Dualité – de nombreux livres sont en cours.
Egalement, nous aimerions remercier Tarab Tulku XI profondément pour l’immense générosité avec laquelle il partagea avec nous sa connaissance jusqu’au dernier moment et même au travers de son processus de mort et non moins grands remerciements pour la grâce et l’amour dont il a su nous donner un aperçu par son grand exemple qui, j’en suis sûre, restera pour toujours dans les cœurs de ceux qui ont eu la chance d’être en contact avec cet être si empli de compassion.

Lene Handberg,
Aix-en-Provence, le 14 décembre 2004

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1 Tendrel (Tib. : rTen ‘Brel) signifie en résumé « la nature interreliée des phénomènes », c’est un terme tibétain qui a été le plus souvent traduit par : « la production interdépendante » et qui est un des plus important principes de base de tous les types de Bouddhisme.